Introduction
Dans un précédent message j’ai raconté une anecdote pour illustrer qu’une même situation pénible peut être vécue de différentes manières. Tout dépend du sens qu’on donne à ce que l’on vit. A la lumière de la première de Pierre nous avons réalisé que les « pierres vivantes » que nous sommes participent toutes à la construction du « peuple Temple » de Dieu sur Terre. L’épreuve qui sévit chez les chrétiens n’est pas gratuite mais contribue à édifier le Temple de Dieu sur terre et à glorifier Son Nom parmi les non croyants (1 Pierre 1.13-‐2.10).
Voici cette anecdote :
On raconte l’histoire de ces trois hommes qui travaillaient dur dans une carrière de pierres. Quand on leur demande ce qu’ils font, le premier répond en râlant :
« Je m’éreinte à bosser pour un salaire de misère. C’est une vraie galère ! »
Le deuxième répond avec beaucoup de dignité :
« Je travaille dur pour nourrir ma famille. Pour moi, c’est cela qui compte ! »
Le troisième répond avec des yeux pétillants de lumière :
« Vous savez…je participe à la construction d’une cathédrale ! ».
Ces trois hommes vivaient la même chose, les mêmes difficultés, les mêmes contraintes mais ils donnaient un sens différent à ce qu’ils vivaient.
Souvent je me pose la question : « mais qu’est ce qui est vraiment essentiel dans ma vie ? » ou pour le dire autrement « Qu’est ce que je dois réellement viser comme objectif dans ma vie ? », « Quel doit être mon projet de vie, le but ultime de la vie chrétienne ? ». Les réponses sont nombreuses :
- Ma famille
- Mon couple
- Mes enfants
- Mon ministère
- Dieu, oui ! Mais encore ?
Qu’est ce que Dieu veut pour ma vie et ce quelles que soient les étapes, les épreuves qui m’attendent dans la vie ? A cette question cruciale nous devons trouver une réponse ! Jeunes et moins jeunes ! Tant que nous n’avons pas trouvé de réponse à cette question nous risquons de perdre de vue le sens de notre vocation.
Je suggère ce matin un élément de réponse puisque je crois que le but ultime du chrétien est la conformité à Christ. Ressembler à Christ. Etre semblable à l’image du Fils de Dieu.
Texte : Romains 8.18-29
Ce passage fait partie du grand développement de Paul sur la justification du chrétien. Dans les chapitres 3.21-‐8.39 l’apôtre développe les fondements de la justification par la foi et tout ce que nous avons par l’oeuvre de Christ.
Qu’est ce que la justification ?
La justification est l’acte par lequel Dieu déclare juste tous ceux qui placent leur confiance dans l’oeuvre accomplie par Jésus Christ à la croix. Cet acte de justification est l’expression de l’amour et de la grâce de Dieu qui place le croyant dans une relation de paix avec Dieu (Romains 5.1).
Autrement dit, celui qui croit que Jésus Christ est le fils de Dieu, mort pour nos péchés, est justifié devant Dieu. Pour le dire avec une illustration juridique c’est le verdict d’un tribunal qui lève toutes les charges retenues contre l’accusé, parce que Christ a pris sur Lui notre culpabilité. La justification est donc une oeuvre merveilleuse qui nous place devant Dieu dans une position d’homme libre par rapport au péché. Mais Dieu a prévu bien plus encore !
En effet, la justification du croyant n’est pas un fin en soit. Nous avons été justifiés afin d’entrer dans un processus de transformation qui vise à faire de nous des hommes et des femmes qui deviennent conforme à Christ. Ressembler à Christ, de plus en plus, voilà ce quoi nous sommes appelés, voilà la volonté de Dieu pour son peuple. Voyons donc comment Paul en arrive à dire que le but de notre vie chrétienne, de notre justification est de ressembler toujours plus à Christ et comment les souffrances vont contribuer à ce processus.
Aucune condamnation (Romains 8.1) !
Pour commencer Paul rappelle un fondement indispensable comme pour éviter toute méprise sur la souffrance qu’il va évoquer et qui pourrait être perçue, interprétée comme un châtiment divin. « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Christ-‐Jésus » (Rm 8,1).
Dans certains milieux, il n’est pas rare d’entendre que la maladie, les épreuves, la mort d’un proche, sont un châtiment divin pour remettre sur le droit chemin le chrétien dont la foi serait refroidie. Cette conception nous paraît malheureuse et surtout sans fondement biblique. Jacques dit qu’il n’y a chez Dieu « ni changement, ni ombre de variation » Jacques 1.17 Le Dieu des chrétiens n’est pas comme les dieux païens, capricieux en qui on ne peut avoir confiance et dont l’humeur est versatile. Il nous a justifié par Christ. Plus aucune condamnation. Il ne reviendra pas sur cet acte de justification !
« Vous avez reçu un esprit d’adoption et non de crainte » (Romains 8.15)
L’autre verset qu’il nous faut avoir à l’esprit en abordant la question de l’épreuve et de la souffrance du croyant dans ce chapitre, est le verset 15 : « Vous n’avez pas reçu un esprit de servitude qui ramène à la crainte, mais vous avez reçu un Esprit d’adoption filiale, par lequel nous crions : Abba ! Père ! »
Paul à sans doute à l’esprit qu’il s’adresse à des chrétiens marqués par la religion de l’Ancien Testament. Religion où même le Juif le plus scrupuleux dans l’observance des rites gardait au fond de lui-‐même un reste de crainte, jamais certain si son obéissance à la loi était suffisante pour qu’il soit agrée. Mais puisqu’il n’y a « maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Christ-Jésus » le chrétien n’a pas à être inquiété quand à sa position devant Dieu puisqu’il a reçu un esprit d’adoption. Tout en partant de notre condition, d’enfant de Dieu, d’héritiers de Dieu Paul prépare le terrain pour aborder la question de la souffrance en la plaçant dans la perspective de la conformité à Christ. « Si nous sommes enfants de Dieu, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, afin d’être aussi glorifiés avec lui » (Rm 8.17).
Nous partageons tout avec Christ !
La chose la plus difficile qu’il nous faut accepter en tant que disciple de Christ c’est que nous partageons tout avec Christ : sa victoire sur le péché, sa victoire sur la mort, sa résurrection, sa relation privilégiée avec le Père mais aussi ses souffrances, ses peines, les limites de la condition humaine qu’il a connu lui aussi dans l’incarnation. La vie chrétienne, nous rappelle Paul, est une identification à Christ. Puisque nous partageons sa position de fils de Dieu, nous partagerons aussi son héritage dans la gloire du Père. Et comme nous sommes appelés à partager sa gloire, nous devrons aussi, d’une manière ou d’une autre, partager sa souffrance.
Mais Paul va plus loin et souligne qu’en aucun cas les souffrances que nous connaissons ne peuvent altérer notre héritage et la gloire à venir : « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire à venir » (Rm 8.18). C’est comme si l’apôtre veut nous aider à prendre un certain recul sur les difficultés et les souffrances du chrétien pour leur faire perdre de la puissance. En vivant nos épreuves dans cette perspective nous les vivons comme de vrais enfants de Dieu. Sans les minimiser, faire semblant qu’elles ne nous affectent et sans nous laisser consumer, détruire par elles mais en gardant à l’esprit que notre souffrance est une souffrance avec espérance.
L’exemple du Christ
Quand Paul déclare que les souffrances du présent n’ont rien à voir avec la gloire à venir, il ne formule pas simplement une opinion personnelle. Cette conviction que nos souffrances ne peuvent altérer la gloire à venir ou nous priver des bénédictions que nous réserve est fondée sur le parcours, sur l’exemple de Christ lui-même ! L’image utilisée par Paul est saisissante quand il illustre cette réalité avec la création qui elle aussi soupir et souffre les douleurs de l’enfantement. C’est une autre manière de dire que nos souffrances ne sont pas des souffrances sans signification ni but, elles ne sont pas gratuites, mais qui vont donner vie à un nouvel état.
De la création Paul passe à l’Eglise du Christ en disant nous qui avons les prémices de l’Esprit, donc nous les chrétiens, « nous aussi nous soupirons et nous même en attendant l’adoption, la rédemption de notre corps » v. 23. Nous sommes là en plein dans la souffrance liée à notre condition humaine. Nous sommes sauvés, en Christ, mais qu’a moitié. Nous sommes justifiés devant Dieu par Christ, mais par encore glorifiés auprès du Père. En somme notre âme est rachetée c’est vrai, mais pas notre corps. C’est donc notre corps non racheté qui provoque les gémissements. C’est lui qui nous fait souffrir. « Ce qui nous pousse à gémir intérieurement, c’est donc d’une part la fragilité de notre corps, d’autre part notre nature déchue. C’est pourquoi nous attendons ardemment la gloire à venir, où nous serons délivrés de ces deux fardeaux. »
Ce que Paul vient de développer sur la souffrance n’est donc pas incompatible avec notre vocation chrétienne, bien au contraire. Il pose le fondement de notre appel qui est un appel à la conformité à Christ : « Car ceux qu’il a connus d’avance, il a aussi décidé d’avance de les rendre semblables à son fils, afin que celui-‐ci soit l’aîné d’un grand nombre de frères. » (v.29). Pour ce faire, Dieu utilise différents moyens. Mais laissez moi nous dire ce matin que la souffrance fait partie de l’oeuvre de transformation, du processus dont Dieu se sert pour nous rendre conformes à Christ. En aucun cas, nous devons appréhender la souffrance sous l’angle d’une régression spirituelle. D’un échec. D’une défaite. Encore moins d’une punition. Je le répète : l’objectif de Dieu pour ses enfants est de les rendre conforme à Christ. C’est bien en raison de cette conviction que Paul peut dire « Nous savons, du reste, que tout coopère pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son projet » v.28
Que l’épreuve puisse avoir des effets thérapeutiques, qu’elle nous forme, nous transforme est sans aucun doute une réalité. Permettez mois ici une digression personnelle. J’ai appris les plus grandes leçons spirituelles dans des moments pénibles et douloureux que je ne voudrais surtout plus revivre. C’est là que ce verset a pris son sens le plus significatif et que j’ai compris que toutes choses coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu. Dieu n’a pas « déclenché » les situations tragiques dans les lesquelles je me suis retrouvé pour me punir, me sanctionner…mais j’ai pu les appréhender, les vivre comme étant une occasion de grandir spirituellement, de prendre conscience de ma faillite spirituelle et combien j’ai besoin de Christ.
Mes épreuves ont été des occasions pour compter d’avantage sur les ressources du Seigneur que sur mes propres forces. J’ai appris la persévérance, la patience et aujourd’hui, avec un peu de recul je peux dire que Dieu ne m’a pas punit avec ces épreuves, il m’a bénit. Béni parce que la souffrance a été un moyen de grâce qui m’a permis d’être un peu plus conforme à Christ. « La souffrance fait partie du processus dont Dieu se sert pour nous rendre conformes à Christ. »
J’ai l’habitude de dire que Dieu nous aime trop pour nous laisser comme nous sommes ! Toutes choses concourent à notre bien. Tout ce que nous vivons Dieu s’en sert pour transformer notre caractère afin de nous rendre semblable à l’image de son Fils. C’est d’ailleurs ce que Paul met en avant au chapitre 5, v.3-‐5. « la tribulation produit la persévérance, la persévérance une fidélité éprouvée, et la fidélité éprouvée, l’espérance ». La souffrance peut détruire nos illusions sur nous-‐même et nous conduire à capituler devant Dieu.
Sur le plan humain certaines expériences sont pénibles, douloureuses, voir dramatiques. Tellement conscient de cette réalité il exhorte les chrétiens un peu plus loin dans l’épître à « se réjouir avec ceux qui se réjouissent et à pleureur avec ceux qui pleurent » 12.15 La réalité de la souffrance n’est pas minimisée mais en aucun cas elle ne doit devenir un chemin d’isolement pour celui qui souffre. Le défi pour l’Eglise est je crois d’apporter une réelle consolation à ceux qui souffrent. Mais une consolation dans la perspective de notre vocation chrétienne et de la gloire à venir. Une consolation qui va dans le sens d’un accompagnement afin d’aider celui qui souffre à grandir au travers des épreuves.
« La véritable consolation empêchera celui qui souffre de descendre la pente dans son attitude vis-‐à-‐vis de Dieu, de lui-‐même et des autres. Elle cherchera à s’opposer aux attitudes centrées sur soi et à favoriser le développement spirituel. (…) la souffrance nous unit au Christ. Un chrétien ne peut avoir de pleine communion avec son Seigneur s’il ne s’identifie aux souffrances qu’il a endurées (…). Pour le chrétien, la souffrance n’est pas un état à éviter à tout prix mais, si elle survient, une situation qui doit être acceptée comme un moyen de progresser dans son union au Christ. Après la souffrance viendra la gloire. »
Paroles destinées à ceux qui souffrent dans leur corps Quand nous souffrons dans notre corps, quand nous sommes atteint par une maladie nous perdons bon nombre de choses:
- la santé,
- une condition sociale puisque la maladie peut nous obliger à cesser le travail
- on peut se sentir marginalisé et faire partie de ceux qui représentent un certain poids, une contrainte pour d’autres.
- La vie familiale est modifiée et l’intimité conjugale peut en souffrir elle aussi
Toutes ces pertes souvent parfois vécues comme des régressions, peuvent nous faire douter qu’elles visent le but que Dieu s’est fixé pour notre vie. Mais nous devons essayer de voir nos épreuves à la lumière de ce verset 28 et nous rappeler que ce que Dieu veut faire en nous, et beaucoup plus important que ce qu’il peut faire avec nous. « Toutes choses coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu » signifie que Dieu accomplira en nous ce qu’il a prévu de toute éternité. Même si nous sommes atteint dans notre corps, affaibli, etc.
Dieu n’est jamais pris de court. La souffrance physique, comme la souffrance psychique ou spirituelle peut être tel que nous avons peut-‐être du mal à croire et accepter que Dieu poursuit toujours et encore son projet pour nous. Ces doutes peuvent nous rendre hésitants à lire la Bible, à nous tenir en présence d’autres chrétiens qui vont bien. Miné par l’épreuve nous avons même du mal à prier. Mais la preuve que Dieu nous maintient son amour et sa grâce, et qu’il poursuit le but qu’il s’est fixé de nous rendre conforme à Christ, nous est donné au versets 26-‐ 27 dans la sur prière de l’Esprit Saint : « L’Esprit viens au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières…c’est selon Dieu qu’il intercède. » Si nous sommes à bout de force, Dieu ne l’est jamais. Son Esprit qui vit en nous intercède pour nous « selon Dieu », selon sa volonté, selon son projet. Et qu’elle est ce projet ? « Etre semblable à l’image de son Fils ».v 29
Amen.
Joël HERRMANN